Agro-carburants
Calcadis et les agro-carburants
Définition des agro-carburants
Attention ! Distinguons « agro-carburant » et « biocarburant » !
Le terme « agro-carburant » désigne un carburant dont les principes actifs sont tirés des activités agricoles, ou, plus précisément, de la biomasse. Ces principes actifs peuvent être obtenus :
- principalement des végétaux :
- soit directement :
- par pressage, comme l’HVP (Huile Végétale Pure) ou HVB (Huile Végétale Brute),
- par chauffage, comme sur les gazogènes montés en amont des moteurs à explosion pendant la deuxième guerre mondiale,
- soit après transformation, maturation, fermentation, distillation ou raffinage, comme le méthane, le diester ou l’éthanol.
- soit directement :
- accessoirement des animaux :
- par méthanisation de leurs déjections,
- par l’utilisation de leurs graisses (production marginale, souvent incorporée aux produits végétaux).
Le terme « biocarburant » conviendrait à tout carburant provenant du vivant (« bio », du grec « bios » ou « ???? », signifie « vie »), par opposition aux carburants extraits des roches fossiles (pétrole, charbon…). Le mot « fossile » désigne les restes ou empreintes laissés par un organisme ayant vécu avant notre ère (et donc, évidemment, mort).
Donc, dans la pratique, « agro-carburant » et « biocarburant » désignent exactement les mêmes produits. Mais, en théorie, il vaut mieux utiliser le terme « agro-carburant », reposant sur une réalité scientifique et industrielle, plutôt que « biocarburant », inventé à des fins idéologiques.
Car, en réalité, le terme « biocarburant » a été créé dans un but pernicieux. En effet, l’association d’idée est vite réalisée entre « biocarburant » et « biologie », grâce au radical « bio ». Ceci est aggravé par le fait que « bio » sert de diminutif couramment utilisé pour désigner l’agriculture biologique et sa production. Ainsi, le commun des mortels, quand il entend « biocarburant », voit, dans son subconscient, quelque chose de sain, de bien, de positif et de respectueux pour l’environnement. C’est pour cette raison que les politiques, les médias, les grands groupes pétroliers ou financiers ont créé l’appellation « biocarburant » (le terme « biocarburant » a été retenu dans les textes officiels de la Cour Européenne). Car « agro-carburant » éveille, dans le subconscient, la notion d’ »agrochimie », perçue, à juste titre, comme destructrice, nocive et négative.
Voici la position de Calcadis sur les agro-carburants :
un tout petit peu « oui », et un énorme « non ».
La plupart des « agro-carburants » sont issus de pays défavorisés, où les populations locales ont des difficultés énormes à se nourrir, en raison de contraintes climatiques extrêmes ou en raison d’instabilité politique ou sociale. Dans ces pays, la culture des plantes servant à élaborer un « agro-carburant » vient encore diminuer la surface utilisée à la nourriture humaine, vient encore diminuer l’eau normalement affectée aux populations ou aux cultures nourricières, et vient donc augmenter la dépendance de ces populations. Des régions entières d’Afrique, d’Asie et d’Amérique ont déjà été abandonnées à cause de ces cultures ne leur laissant plus de quoi se nourrir.
C’est mal !
L’éthanol, principal carburant utilisé au Brésil, élaboré à partir de plantes contenant des sucres transformables en alcool (canne à sucre, mais aussi bois, paille, etc.), est une des premières causes de la déforestation de ce pays jadis magnifique. Déjà , la désertification sur le Sud du pays prend des proportions énormes. Sans compter les répercussions sur l’ensemble du climat de la planète, la forêt équatoriale servant de tampon et de régulateur au système pluvieux mondial. (Le Brésil, ici montré du doigt, est un cas extrême et emblématique, mais pas unique.)
C’est mal !
Qui contrôle la production des agro-carburants ? Les grands groupes pétroliers, avec l’aide (la complicité ?) des pouvoirs financiers et politiques. Encore une fois, l’accès à une source d’énergie, normalement libre et laissé à la discrétion des citoyens, est verrouillé et copieusement taxé.
C’est mal !
Comment sont produits les agro-carburants ? A grands renforts d’engrais chimiques, de pesticides, d’herbicides, etc.
C’est mal !
Où sont élaborés les agro-carburants ? Dans des unités de transformation, distillation ou raffinage hyper polluantes, énormes consommatrices d’énergie (les premières unités de production d’éthanol consommaient plus de pétrole qu’elles ne produisaient d’éthanol).
C’est mal !
Comment sont transportés et stockés les agro-carburants ? Comme les produits pétroliers classiques, sur des trajets identiques, avec des moyens et des techniques aussi risqués et dépassés.
C’est mal !
Quel est le « décalage » entre la production et la consommation des agro-carburants ? Ce décalage se situe à deux niveaux :
- Géographique : les « agro-carburants », comme les produits pétroliers, voyagent sur des milliers de kilomètres, l’essentiel de la production étant réalisée dans les pays dits « émergeants », et l’essentiel de la consommation étant réalisée dans le « monde occidental ».
- Social : l’essentiel de la production se fait dans des pays pauvres, et cette production aggrave cette pauvreté. La consommation se fait dans les pays riches, pour le confort et le profit de ces pays riches.
C’est mal !
Maintenant, dans un pays tempéré, dont la campagne est normalement et logiquement à vocation agricole, dont l’apparente stabilité politique et sociale semble suffisante, il est intéressant et judicieux que l’agriculteur acquière son indépendance énergétique.
Que vaut-il mieux ?
- Que l’agriculteur se fasse livrer du fuel, en y affectant une bonne partie de son chiffre d’affaires, et avec tout ce que cela représente de risques et de pollution au niveau du puisage, du transport, du raffinage et de l’utilisation finale ?
- Ou que l’agriculteur consacre directement une partie de ses terres à la production d’un carburant propre qu’il consommera sur place ?
Des solutions ?
Plusieurs études ont été réalisées. Des expériences sont menées. Il en ressort, toutes professions agricoles confondues, et en moyenne générale, qu’un agriculteur consacrant 16% de ses terres à la production d’oléagineux (généralement tournesol ou colza) est entièrement indépendant d’un point de vue énergétique. Entièrement indépendant d’un point de vue énergétique, cela veut dire qu’est produit et consommé sur place :
- le carburant destiné aux engins agricoles,
- le carburant destiné aux véhicules routiers, aussi bien professionnels que personnels,
- l’électricité destinée aux machines statiques dans les bâtiments agricoles (distributeurs d’aliments, salles de traite, réfrigération du lait, l’outillage de l’atelier de maintenance, etc.),
- l’électricité destinée à l’éclairage des bâtiments agricoles et de la partie habitation,
- la production d’eau chaude pour la partie agricole (atelier de transformation, salle de traite, sanitaires, etc.) et pour la partie habitation,
- le chauffage de la partie habitation.
Le budget global, généralement affecté à toutes ces charges dans une exploitation conventionnelle, tourne autour de 30% du chiffre d’affaires. Vu comme cela, « y a pas photo ». Malgré tout, c’est à pondérer, car la production et l’utilisation d’un « agro-carburant » comme source d’énergie demande une organisation et des investissements supplémentaires au départ, du travail et du temps sur toute l’année.
Globalement, nous dirons que c’est positif…
L’industrie alimentaire, et les usages privés, produisent des huiles qui ne peuvent être consommées directement d’un point de vue alimentaire. Ces huiles ont une durée de vie limitée, et doivent être détruites. Ce sont, essentiellement, les huiles de friture. Plutôt que d’aller encombrer des dépôts forcément limités ou polluer nos cours d’eau et nappes phréatiques, il vaut mieux les affecter à quelque chose d’utile, avec un impact environnemental minimisé. Un moteur Diesel fonctionne très bien avec de la vieille huile de friture (voir notre article sur le C99 SDH ). Il s’agit là d’un « recyclage » intéressant mais très limité.
Néanmoins, nous dirons que c’est positif…
Des expériences sont menées sur la production d’une plante, le jatropha curcas (également appelée pourghère). Cette plante médicinale (« iatros », ou « ?????? », en grec, signifie « médecin ») pousse dans des lieux quasi désertiques, sans arrosage. La plante prélève l’eau de l’humidité atmosphérique et la stocke dans des renflements caractéristiques (certaines variétés de jatropha sont surnommées « plantes bouteilles »). Sa résistance est telle qu’elle parvient à pousser là où rien d’autre ne pousse. Sa production ne vient donc pas empiéter sur l’alimentation humaine, et ne consomme pas d’eau là où il en manque déjà . Au contraire, « l’eau appelant l’eau », sa culture permettrait une réversion de la désertification (la végétation appelle la pluie, et la pluie permet la vie en général, d’où l’instauration d’un « cercle vertueux »). Sa culture permettrait aussi la création d’un tissu social dans des lieux abandonnés de tous. Le jatropha produit une huile d’excellente qualité industrielle (la plante, une euphorbiacée, reste vénéneuse, donc impropre à la consommation alimentaire, même si ses qualités médicinales sont incontestables), avec un bon rendement quantitatif et énergétique. Les restes non utilisés pour la production d’huile (feuillage, tourteaux, etc.), peuvent servir à l’amendement et à la fixation de carbone que la plante a prélevé dans l’atmosphère. Néanmoins, les problèmes liés au transport, liés à la fabrication de carburants complexes (diester) demeurent.
Malgré tout, si cette production est faite intelligemment, ce peut être positif…
En conclusion, les « agro-carburants » ne sont pas forcément une solution pertinente au remplacement des produits pétroliers. Dans le meilleur des cas, ils sont un « pis-aller ».
Ils peuvent servir d’étape, de transition vers autre chose, en attendant mieux.
La véritable solution repose sur deux points :
- Evaluer réellement nos besoins en matière de consommation d’énergie (avons-nous besoin d’un 4×4 de 700 CV pour promener bobonne sur des billards autoroutiers limités à 130 km/h ? Est-il intelligent d’utiliser un halogène à éclairage indirect de 500 W là où 20 LED de 1 W apportent le même confort ? Est-il judicieux de construire une maison en parpaings, avec une isolation et un chauffage central au fuel complètement dépassés, quand on sait réaliser, sensiblement au même prix, une maison de capacité similaire, belle et saine, capable de stocker la chaleur solaire pendant le jour, et de la restituer pendant la nuit,? Avons-nous besoin de parcourir 80 km par jour pour aller au boulot, quand on peut travailler de chez soi par Internet ? Etc.).
- Sortir du concept établi par notre technologie désuète : « production d’énergie = destruction ». Presque toutes nos productions d’énergie reposent en effet sur la consommation, sur la combustion. Les rares énergies douces utilisées de nos jours (les énergies hydraulique, éolienne et solaire, géothermie) paraissent marginales et sont souvent décriées, malgré le faible impact qu’elles apportent à côté des solutions destructrices conventionnelles. Pourtant, elles sont loin d’être aussi néfastes qu’on le dit. Mais surtout, ce ne sont pas les seules solutions. D’autres sont connues et soigneusement occultées, d’autres restent à créer !
Tout, dans notre civilisation mourante, est à remettre en cause. Nous les premiers !… Obligeons nous à ouvrir tout grands nos yeux, nos oreilles, notre intelligence et notre esprit : l’arrivée des solutions en sera facilitée !




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